L'opéra intérieur de Marion Page
par Laetitia Shuck
Le Belvédère constitue le premier tome d’un roman qui en comporte deux, nommé L’Opéra intérieur. Son auteure, Marion Page, écrivaine française, signe là une nouvelle œuvre, après Le Livre de Camille, qui évoquait le rapport à l’écrit. Après avoir longtemps enseigné, Marin Page se consacre désormais à l’écriture et participe activement au monde associatif lesbien.
Dans Le Belvédère, Marion Page se livre à une autofiction, sous les traits de son héroïne, Alex Legall. Suivant un ordre chronologique, passant de l’enfance à l’adolescence puis à l’âge adulte, Marion Page nous présente Alix dans différents lieux (le belvédère, maison de vacances familiale, Fontainebleau, Rennes…), entourée de sa famille, ses amis et ses proches, au sein d’un milieu privilégié. Au fil du temps, le lecteur découvre en Alix une femme de caractère, engagée politiquement à gauche. Toutefois, sous ce dynamisme et cet élan, se cache également une femme pleine d’envies secrètes, de doutes et d’angoisses. Mariée, mère de trois enfants, sa vie va peu à peu basculer quand elle s’autorise enfin à accepter et à vivre sa nature profonde : son amour pour les femmes. Outre des amitiés professionnelles et politiques, des rencontres décisives avec des amis homosexuels ou la découverte du féminisme à travers Kate Millet, vont contribuer à la prise de conscience d’Alix.
Avec Le Belvédère, Marion Page réussit un roman authentique et sensible : son style franc et direct, emprunt de réalisme, confère au livre une vraie sincérité. A travers le chemin personnel d’Alix, certaines femmes se reconnaîtront assurément : le parcours d’une femme de la société " hétéronormée " qui va peu à peu réussir à s’extraire de son milieu et de sa culture. Autre thème développé dans Le Belvédère : les rapports familiaux conflictuels en parallèle avec l’épanouissement personnel d’Alix. Le manque de reconnaissance maternelle, l’incompréhension des hommes de son entourage (père, frères, mari) ponctuent le roman. Enfin, l’importance de la recherche concernant la compréhension de soi, à travers diverses analyses psychologiques, révèle une femme en quête d’identité à la fois sexuelle et sociale. Mai 68 apparaît comme un tournant dans la remise en cause des valeurs traditionnelles et surtout dans l’acceptation de quelque chose qu’Alix perçoit depuis son enfance, à savoir son attirance pour les femmes.
A la fin du Belvédère, roman d’apprentissage et initiatique, Alix a pris son envol. Elle peut désormais laisser libre cours à ses désirs. Elle s’autorise enfin la liberté de vivre une vie qui lui correspond davantage, une vie de femme lesbienne. On attend avec impatience la deuxième partie de cet Opéra intérieur, intitulée Lettre de l’Alouette, qui devrait être pleinement consacré à l’amour lesbien.
Marion Page, Le Belvédère (L'opéra intérieur, tome 1), roman, éditions Geneviève Pastre, 2008.
Source : la-reference.info